L’époque Tang (618-907) : le premier âge d’or du thé

Au début du VIIe siècle, l’unité de la Chine est consolidée par l’empereur Taizong, le fondateur de la dynastie Tang (618-907), qui étend sa domination sur la Corée, le Nord de l’Indochine et l’actuel Xinjiang (le Turkestan chinois). Le rayonnement de la Chine, sensible jusqu’en Inde et en Iran, atteint alors son apogée.  C’est l’âge d’or de la Route de la Soie, cette grande voie commerciale qui, pendant des siècles, relie peuples et cultures à travers l’Asie jusqu’en Europe. La Chine exporte vers la Mongolie ses thés via cette célèbre route, en échange de chevaux, de peaux de yak et de minéraux. De là, d’autres caravanes acheminent le thé vers la Sogdiane (une partie de l’Ouzbekistan actuel), le Ferghana, la Perse…

Véritable capitale mondiale, la cité de Chang An (l’actuelle Xi’an, au Shaanxi) est le centre d’une civilisation cosmopolite où se mêlent culture chinoise et influences d’Asie Centrale, d’Inde et d’Iran. Le thé qui voyage sur la Route de la Soie est unanimement adopté par les populations frontalières de l’empire du Milieu, des éleveurs nomades pour la plupart, consommant presque exclusivement des produits laitiers et carnés. Il constitue pour eux un apport indispensable en vitamines et leur évite le déséquilibre alimentaire.

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Paniers pour les ustensiles à thé et pour la cueillette – dynastie Tang

Sous les Tang, le thé, ciment de la paix et des échanges entre les Chinois et les peuples des frontières devient la boisson impériale puis, en 763, un monopole d’état. Les processus de fabrication se perfectionnent, la vapeur est remplacée par le chaudron dans le traitement du thé vert, les arômes se développent. A partir de cette époque, boire du thé s’apparente à un art. Toujours plus raffinés, les accessoires servent à des rituels de plus en plus élaborés. Le tribut du thé est officialisé sous les Tang. Chacune des provinces qui le cultivent, au nombre de quatorze, doit offrir une partie de sa production à l’Empereur. Ce thé du tribut est non seulement consommé par le Fils du Ciel et sa cour, mais constitue aussi un présent de grande valeur, offert aux délégations étrangères et aux dignitaires visitant la Chine. Signe de l’importance du thé, sa cueillette donne lieu à un festival se déroulant au début du printemps dans tout le pays. Les moines y sont invités à brûler de l’encens et à y réciter des prières avant la récolte. Dès le petit jour, des milliers de jeunes femmes se regroupent à flanc de colline pour cueillir jusqu’à midi, relayées par les hommes qui se chargent aussitôt de la transformation des feuilles.

Ce tribut en thé coûte très cher aux paysans, obligés de se mobiliser à bas prix pour les cueillettes. L’impôt réglé en thé, auquel viennent s’ajouter d’autres taxes, perdure jusqu’à la fin de la dynastie Qing, en 1911. De fait, l’extension de la consommation du thé à la famille impériale et à l’aristocratie stimule l’économie du thé ; elle influence celle des transports, la fabrication des caisses de bois, l’industrie de la céramique et même celle de la soie qui sert à financer les achats de thé. Avec le développement du commerce du thé, à l’intérieur puis à l’extérieur de la Chine, toute l’économie du pays et notamment celle des régions rurales de production s’enrichit. Avec l’expansion de l’empire Tang, l’habitude de boire du thé se répand bien au-delà des frontières, par l’intermédiaire des nomades tibétains, des Mongols, des Tartares, des Turcs… Les Routes de la Soie deviennent aussi les routes du thé.

liu-song-nian-copieAcheminé par bateau ou par la route, le thé, de toutes les sortes et de toutes les qualités, provient des régions bordant le Long fleuve et la Huai. L’art de faire pousser le théier, d’en traiter les feuilles et d’en tirer les meilleurs arômes se perfectionne peu à peu. Les procédés s’améliorent : les feuilles sont passées à la vapeur, puis broyées, pressées en crêpes et séchées. Il faut ramollir ces galettes, les émietter et les réduire en poudre à l’aide d’une meule spéciale pour les consommer. Dans son supplément à l’histoire des Tang, rédigé en 800, l’historien Li Zhao 李肇 dresse l’inventaire des productions régionales : « Boire du thé est un usage hautement estimé et le nombre des espèces va toujours croissant, écrit-il. Le Sichuan fournit le thé en briquettes, dont les variétés appelées Petits Carrés et Dents écartées sont les meilleures. […] Le Zhejiang cultive les Pousses de Bambou pourprées, le Fujian les Petits rouleaux, les Perles de rosées, les Brillants prospères, les Sources divines, et le Jiangxi les Torrents bleu ciel, les Lunes éclatantes, les Bourgeons parfumés et les Rosées blanches. » La consommation du thé s’encadre de règles strictes et la préparation du thé s’apparente de plus en plus à un art, qu’on exerce entre amis, avec des ustensiles sophistiqués.

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