Lu Yu et son Classique du thé, le Cha Jing

Lu Yu (733-804), grand homme de lettres de la dynastie Tang, entreprend en 760 la rédaction d’un traité sur le thé, le Cha Jing 茶经 ou le Classique du thé. Originaire de la province du Hunan, Lu Yu est abandonné et élevé par un moine bouddhiste nommé Ji Ji, du monastère du Nuage du Dragon. Ne voulant pas devenir moine, il est envoyé garder les buffles. Le jeune garçon est si avide d’apprendre qu’il pratique la calligraphie sans relâche, y compris à califourchon sur son buffle. Devenu adulte, Lu Yu s’installe dans la province du Zhejiang où il commence ses recherches sur l’histoire du thé, sa culture et son usinage.

Lu Yu consacrera vingt années de sa vie à la rédaction du Cha Jing, sa « bible » sur le thé, un traité en dix volumes, organisé selon le sommaire suivant et qui fait encore aujourd’hui référence :

1. Origines, caractéristiques, noms et qualités du thé

2. Outils pour cueillir et transformer le thé

3. Méthodes de cueillette et d’usinage selon les variétés

4. Ustensiles nécessaires à la préparation et à la dégustation du thé

5. Eaux et méthodes de préparation dans différents lieux

6. Habitudes de consommation

7. Anecdotes, plantations et remèdes à base de thé

8. Les meilleurs thés par terroirs

9. Les ustensiles qui peuvent être omis

10. Comment recopier ce livre sur des rouleaux de soie

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Le Chajing ou « Classique du Thé » de Lu Yu 

Le Cha Jing le rendra célèbre, non seulement en Chine mais aussi dans le monde entier. Bienfaiteur de l’humanité, Lu Yu est devenu le Saint Patron du thé, celui qui a haussé la dégustation de cette boisson noble au rang de l’art, en lui donnant un sens culturel, transmis de génération en génération par la répétition de savoir-faire et de rituels séculaires.

Selon Lu Yu, le thé de l’époque Tang (618-907) se présente alors sous quatre formes : brut, en feuilles, en poudre et en galette. On continue à le consommer comme au temps des Han, en soupe obtenue en faisant bouillir des feuilles avec toutes sortes de condiments. De plus en plus codifiée et règlementée, la préparation du thé devient plus qu’un art, une méthode de réalisation personnelle. Pour déguster le thé, il faut casser un morceau de la galette qu’on fait rôtir jusqu’à ce qu’il devienne « tendre comme le bras d’un petit enfant » (Lu Yu). Le thé est ensuite broyé et jeté dans l’eau bouillante salée, dans un pot. Le breuvage se savoure dans un cadre agréable, en récitant des poèmes ou en chantant. Les feuilles séchées sont également pulvérisées dans un petit moulin de pierre : le thé se prépare alors en émulsion, dans un bol, en battant la poudre dans l’eau chaude à l’aide d’un fouet en bambou.

En 1269, « le vieil homme Shen’an » 安老人compile dans son ouvrage Chaju Tuzan 茶具图赞 ou « l’Apologie illustrée des ustensiles du thé », des représentations de tous les ustensiles utilisés pour la préparation du thé. C’est le premier livre illustré sur le thé. Ce sont déjà ceux que Lu Yu recommande, sous un autre nom.

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Les douze ustensiles à thé de Shen’an, extrait du Chaju Tuzan 茶具图赞

Brasero 風爐 (hong lu 韋鴻臚 – Mortier en pierre 砧椎 (mu dai zhi 木待制) – Rouleau à écraser (jin fa cao金法曹) – Moulin en pierre 石磨 ( shi zhuan yun 石轉運 )- Cuiller calebasse (hu yuan wai 胡員外)- Boite à tamiser 羅合 (luo shu mi 羅樞密)- Brosse (zong cong shi 宗從事)- Coupelle (qi diao mi ge 漆雕秘閣)- Bol (tao bao wen陶寶文)- Récipient à eau 水方 (tang ti dian 湯提點)- Fouet à thé 茶筅 (zhu fu shi 竺副師)- Serviette à thé (si zhi fang 司職方)


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