Petites Venises du Jiangsu : la tradition du thé

Le Jiangsu est la province côtière qui borde l’ouest et le nord de la municipalité de Shanghai. C’est le pays des canaux et des lacs, et surtout un formidable polder construit par les alluvions fluviales, et formant sur près de 100 000 km2, du bassin de la Huai à la baie de Hangzhou, le delta du Changjiang (le Long fleuve). Au milieu de merveilleux paysages lacustres flottent de vieux bourgs à canaux, fameuses Venises au charme suranné,

aujourd’hui hauts lieux d’un tourisme national et international. On sillonne ces petites Venises chinoises en barques de bois clair, en sirotant un thé vert local. 

Toute la région a été le foyer d’une brillante civilisation et d’une économie prospère qui a culminé sous les Song, quand l’empereur installa sa capitale à Hangzhou, au sud de Shanghai. Les villes jardins qui fleurirent à l’époque multiplièrent les magnifiques pagodes et kiosques où les lettrés s’adonnaient à la peinture et à la poésie, tout en savourant des thés subtils dans de délicats services en porcelaine ou en Terre de Yixing.

Suzhou, la plus illustre de ces Venises de l’Orient, située à 30mn de train de la ville phare de Shanghai, est devenue à partir des années 1990 une vitrine de l’émergence économique chinoise. Tout comme sa voisine Wuxi, cette prestigieuse ville du Grand Canal fut avant tout un important centre de production de la soie et du thé.

Le Grand Canal, un axe sud-nord stratégique entre Hangzhou et Beijing

IMG_6911Trafic fluvial sur le Grand Canal

Katrin Rougeventre©

La conquête de tout cet espace de plaines, très plat et à seulement 50 mètres au-dessus du niveau de la mer, a nécessité de gigantesques travaux. Dès le VIIe siècle, une double digue côtière fut édifiée pour protéger l’immense plaine des inondations provoquées par les grandes marées et les typhons. Puis l’empereur Yangdi de la dynastie Sui ordonna la construction du Dayunhe 大运河, le Grand Canal. Reliant cinq réseaux hydrographiques, cet axe allait acheminer par voie d’eau toutes les richesses du sud vers le nord, de Hangzhou à Beijijng. Certaines villes, telles que Yangzhou, Suzhou, Wuxi…, situées en bordure du Grand Canal ou près de l’embouchure du Changjiang, étaient sous les Tang les ports d’embarquement des principales routes maritimes, au cœur de la zone la plus peuplée de Chine.

La construction de dizaines de petits réservoirs et de quatre grands barrages, puis le développement d’un immense périmètre d’irrigation sur plus d’un million d’hectares font aujourd’hui des plaines alluviales du Jiangsu l’un des ensembles les plus fertiles de tout l’espace chinois. Avec 102600 km2 et 80 millions d’habitants, cette province, pays du poisson et du riz, compte parmi les régions les plus riches et des plus densément peuplées de Chine.

La tradition du thé et des arts qui lui sont associés, celui des jardins et de la céramique notamment, sont enracinés dans cette région depuis les temps les plus anciens.

maisons de thé dans le vieux bourg.

Les petites Venises Chinoises

Les petites Venises chinoises en bordure du Grand Canal, sont par tradition des villes de jardins où l’art du thé rythme la vie quotidienne. L’urbanisation galopante de ces dernières décennies a fait exploser certaines de ces villes tranquilles qui étendent désormais leurs périphéries industrielles sur des superficies comparables à celles de l’Ile-de-France tout entière !

Parfois classés au patrimoine de l’Unesco, les vieux quartiers de Suzhou, Zhouzhuang, Tongli, ou Wuxi sont devenus des quartiers musées, des vitrines du patrimoine architectural et de l’art des jardins. Dans ces jolis jardins, il y a toujours « un pavillon des nénuphars », « une grotte du printemps caché » ou « une tonnelle des vignes vierges » qui incitent à la rêverie et à la poésie. Si le jardin est trop petit, la nature se manifeste alors dans les formes tourmentées d’un vieux rocher posé sur une pièce d’eau, ou encore dans les paysages imaginaires des pierres de lune qui ornent les murs ou le dos des chaises des salons de lettrés.

Les promeneurs et buveurs de thé viennent y chercher la tranquillité,  le long des canaux. Dans les ruelles paisibles, les anciennes demeures de lettrés et riches négociants se sont reconverties en maisons de thé, où il fait bon siroter son thé, à petites gorgées, dans de ravissants services à Gongfucha en Terre violette de Yixing, en grignotant quelques graines de courge.

Katrin Rougeventre

auteure de « l’Empire du Thé – le guide des thés de Chine »

paru aux éditions Miche Le Maule en Mars 2017

 

 

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