LE THÉ EST UN ÉTAT D’ESPRIT

Bien plus qu’un breuvage recherché pour ses bienfaits, le thé incarne un art de vivre, un état d’esprit. Il symbolise le chan (zen au Japon), le contrôle de soi, le respect de l’autre, l’hospitalité, la sérénité. Il exprime le raffinement, l’élégance, la simplicité et la pureté. Immense, à l’échelle de la Chine, à la fois unique et infiniment divers, le thé chinois est le miroir accompli d’un peuple et d’un pays, impressionnant par son ampleur, sa complexité, son extraordinaire profusion… 

En Chine, faire du thé est à la fois un acte très banal ou au contraire un art sophistiqué, mais il s’exerce toujours avec simplicité et humilité. 

Les observations de William C. Milne, en 1858, sur la manière des Chinois de faire le thé, sont encore d’actualité au XXIe siècle : « La méthode ordinaire pour “faire le thé”, chez le peuple le plus buveur de thé qu’il y ait au monde consiste à mettre simplement dans un vase autant de thé qu’on peut en pincer avec les doigts, à verser dessus de l’eau bouillante, et à recouvrir le vase. On prend alors le breuvage à loisir, et on peut obtenir une seconde infusion au moyen d’une autre dose d’eau bouillante. »

Dans les années 1960-1970, la Révolution Culturelle et la campagne d’élimination des « quatre vieilleries » (vieilles idées, vieille culture, vieilles coutumes et vieilles habitudes) eurent raison du rituel du Gongfucha, jugé trop décadent et bourgeois. Le thé, devenu une denrée de luxe pendant les périodes difficiles traversées par la Chine à partir du milieu du XIXe siècle, fut de plus en plus souvent remplacé par un simple bol de kaishui, de l’eau bouillie. 

La politique d’ouverture des années 1978-1980 a remis au goût du jour l’art du thé et dans la foulée relancé toute la production des mille et un accessoires sophistiqués qui accompagnent cet art. Boites, théières, bols et tasses, pinces, pelles, bouilloires… envahissent à nouveau les étals des comptoirs de thé, pour notre plus grand bonheur. L’art de la dégustation du thé que les Chinois cultivent avec passion et attention depuis des siècles, connaît un renouveau qui se manifeste aujourd’hui dans le raffinement des objets du thé et des préparations qui lui sont consacrées. Tous ces rituels, qui encadrent l’infusion et son appréciation participent au plaisir du thé. 


3 William C. Milne, La vie réelle en Chine, op. cit. 

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